États-Unis - L’arrêt simultané du tabac et de l’alcool serait préférable à un arrêt du tabac différé (01/10/2015)


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- L’arrêt simultané du tabac et de l’alcool serait préférable à un arrêt du tabac différé

Il est fréquent que les personnes en sevrage d’alcool, ou déjà sevrés, continuent de fumer. Cette étude avait pour but de tester si la consommation de tabac est un facteur de risque de la rechute dans l’alcoolisme chez les personnes sevrées.
Les données ont été tirées de l’enquête NESARC (National Epidemiologic Survey on Alcohol and Related Conditions) aux États-Unis. L’étude a porté sur un échantillon de personnes ayant répondu à deux vagues de l’enquête (vague 1, 2001-2002 et vague 2, 2004-2005) et ayant rapporté des antécédents d’abus ou de dépendance à l’alcool antérieurs à la vague 1 de l’enquête (donc des personnes en rémission) (n=9134).
Lors de la première vague de l’enquête (n = 9134), il y avait 36,1 % de fumeurs quotidiens, 7,0 % de fumeurs occasionnels, et 56,9 % de non-fumeurs. Les fumeurs quotidiens fumaient en moyenne 19,6 cigarettes par jour (IC 95 % 19,3-19,9), et les fumeurs occasionnels fumaient en moyenne 5 cigarettes par jour (4,7-5,3), les jours où ils fumaient, soit 1 à 2 jours par semaine.
Pour l’alcool, 57,7 % des participants ont déclaré consommer de l’alcool sans abus ou dépendance. Lors de la seconde vague de l’enquête, 61,2 % ont rapporté avoir bu de l’alcool dans l’année écoulée, 12,1 % ont rapporté un abus d’alcool, et 10,8 % ont rapporté une dépendance à l’alcool (abus et dépendance selon les critères du DSM-IV). Chez les fumeurs quotidiens ou occasionnels, l’abus et la dépendance à l’alcool étaient significativement supérieurs par rapport aux non-fumeurs, tans lors de la première que lors de la seconde vague de l’enquête.
Les corrélations entre statut tabagique et alcoolique étaient similaires entre les deux vagues de l’enquête, suggérant, selon les auteurs, que le statut tabagique est fortement corrélé au comportement vis à vis de l’alcool, et que le tabagisme est un facteur de risque pour la dépendance à l’alcool.
Par rapport aux non-fumeurs (ayant tous eu des problèmes d’alcool antérieurs à la première vague de l’enquête, comme l’ensemble des participants), les fumeurs quotidiens ou occasionnels ont rapporté plus fréquemment une rechute de l’abus ou de la dépendance à l’alcool lors de la seconde vague de l’enquête. Cet effet a persisté quelles
que soient les variables d’ajustement prises en compte (AORs). La sévérité de la dépendance au tabac (mesurée avec l’échelle AUDADIS-IV, basée sur le DSM-IV) était significativement corrélée à l’utilisation (p = 0,023) et à la dépendance à l’alcool (p<0,0001), mais pas à l’abus (p = 0,798). Lorsque toutes les variables confondantes, y compris la dépendance au tabac étaient prises en compte (AOR 5), une seule corrélation n’était plus significative, celle concernant l’utilisation d’alcool entre fumeurs quotidiens et non-fumeurs (AOR = 0,97 ; 0,91-1,04).
Dans le modèle prenant en compte tous les facteurs confondants (AOR 5), les fumeurs quotidiens (lors de la vague 1) étaient plus susceptibles que les non-fumeurs d’avoir rechuté dans l’abus (+ 17 %) ou la dépendance (+ 54 %). Mais l’effet était encore plus fort chez les fumeurs occasionnels, + 87 % pour l’abus et + 95 % pour la dépendance.
Une analyse complémentaire a comparé fumeurs quotidiens et occasionnels. Les fumeurs occasionnels n’étaient pas plus enclins à boire de l’alcool (OR = 0,901 ; IC 95 % 0,74-1,10) ou à être plus dépendants (OR = 1,19 ; 0,89-1,58) que les fumeurs quotidiens, mais étaient plus enclins à abuser de l’alcool (OR = 1,46 ; 1,1-1,93) (p non donné).
Les résultats de cette étude montrent que chez des personnes en rémission d’une dépendance à l’alcool, le fait de fumer, même de façon occasionnelle, est un facteur de rechute 3 ans plus tard. Les auteurs évoquent dans la discussion que cela pourrait être dû aux relations entre alcool et nicotine au niveau du cerveau, des études animales ayant montré que la nicotine facilitait l’acquisition d’une dépendance à l’alcool, ou la reprise d’une dépendance éteinte, et chez l’Homme, le fait de fumer augmenterait l’envie de consommer de l’alcool, et le fait de fumer ou de boire de l’alcool augmenterait le craving pour les deux. Les auteurs précisent dans la discussion que ces résultats ne sont pas forcément généralisables, car l’enquête NESARC porte seulement sur des adultes (18 ans et plus) non institutionnalisés, donc ne représentant pas forcément les personnes vues en consultations pour l’alcool. De plus, l’analyse ne prend en compte que deux points temps (vagues 1 et 2, séparées de 3 ans), et donc ne permet pas d’analyser par exemple le contexte dans lequel la dépendance ou l’abus d’alcool ont repris.
En conclusion, les auteurs suggèrent que l’aide à l’arrêt du tabac doit être envisagée simultanément au traitement de la dépendance à l’alcool afin d’améliorer les chances d’abstinence à long terme.

Weinberger AH et al. Alcohol Clin Exp Res. 2015 Oct ;39(10):1989-96.
http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/26365044
La Lettre de la SFT n° 64 10/2015 Rédaction : Jacques Le Houezec


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